samedi 18 février 2017

Où es-tu,Yazid ?


"Donner un bol d'eau à quelqu'un, c'est plus qu'un symbole, c'est lui apporter un peu de vie.  Et si on a donné un peu de vie à quelqu'un, même rien qu'un peu, peut-on après la lui ôter ?"

Eliott n'est pas un jeune comme les autres.  Dans sa famille, pas de place pour les sentiments et les manifestations d'affection.  Pas de place non plus pour le libre arbitre.  Tout ce qui fait sa vie semble dicté par ce groupe dont font partie ses parents, dont il fait partie lui aussi.  Ces diktats ne lui conviennent plus.  Il a envie de vivre comme les autres : ne plus devoir sonner aux portes pour débiter la "pub" de ses parents et de leurs amis, aller aux anniversaires, porter une veste beige en velours côtelé, aimer et être aimé...

Cependant, toutes ces préoccupations-là passent au second plan lorsqu'il découvre caché dans le cabanon du jardin un jeune de retour d'un séjour en Syrie.  Le choix parait simple, Eliott doit le dénoncer ! Et pourtant, tout devient compliqué lorsqu'il lui offre à boire et à manger et que l'inconnu potentiellement dangereux devient "simplement" un être humain...  finalement peu différent de lui.

Voici un titre à proposer sans hésiter à vos élèves, à vos jeunes ados...

Ils pourront peut-être reprocher à ce texte court son manque d'action.  Le seul suspense du récit se situant dans ce dilemme : Eliott doit-il dénoncer ou non Yazid ?

Pourtant, ils auraient tort de s'arrêter à cette critique car, en effet, ce petit texte d'à peine quatre-vingts pages est intéressant à plus d'un titre.

Tout d'abord, Claude Raucy y revient sur le débat d'actualité autour de ces jeunes partis combattre en Syrie et qui reviennent au pays.  Il l'aborde avec beaucoup d'intelligence puisque son narrateur, loin de juger, est lui aussi victime d'une forme d'extrémisme.  Depuis que ses parents font partie des témoins de Jéhovah, ceux-ci leur dictent comment vivre, comment aimer.  Yazid, lui aussi, est une victime de prédicateurs qui lui ont bourré le crâne avec des idées de salut et de djihad.

Ensuite, il interroge également sur ce qui fait notre humanité, sur ce qui peut nous empêcher de sombrer dans la barbarie.  Par le biais des sujets abordés par les professeurs d'Eliott, il démonte également certaines de nos idées reçues quant à l'accueil des réfugiés.  Il met en garde contre les amalgames en tout genre.  Bref, il fait réfléchir et alimente le débat et c'est tant mieux.

Enfin, même s'il pose davantage de questions qu'il n'apporte de réponses, s'y glisse peut-être un début de solution, "un programme que vous pourriez inscrire quelque part et le garder toute votre vie" propose le professeur de français d'Eliott.  Il s'agit d'une phrase prononcée par Till Ulenspiegel, le célèbre héros de Charles De Coster :

"J'ai mis "Vivre" sur mon drapeau,  Vivre toujours à la lumière."


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