vendredi 1 mai 2015

Là où naissent les nuages



Là où naissent les nuages, c'est quelque part à plus de sept mille kilomètres de Paris, en plein cœur de l'immensité sauvage de la Mongolie.  Là où Amélia, ado mal dans sa peau, se comparant sans cesse à des parents trop grands pour elle, se retrouve, pour un mois, comme bénévole dans une association qui s'occupe d'enfants des rues.  Un voyage à mille lieues de ses préoccupations de "pauvre petite fille riche". Ce séjour qu'elle n'a pas voulu, qui s'est quasi imposé à elle contre sa volonté, va tout bouleverser : sa vision de la vie, de sa famille comme d'elle-même...  Pour ne rien oublier, elle se met à écrire..

"Un livre est une fenêtre par laquelle on s'évade" disait Julien Green.  Là où naissent les nuages est de cette trempe-là.  Durant quelques heures, le lecteur est plongé dans un univers à la fois rude et splendide: celui d'une Mongolie à la croisée des mondes, entre traditions et modernité.  Le dépaysement y est total. De sa plume à la fois poétique et réaliste, l'auteure nous entraîne dans son sillage à la découverte d'un pays où se côtoient paysages à couper le souffle et misère sordide des bidonvilles.

On suit avec attention le périple initiatique de cette jeune fille qui bataille avec elle-même ; qui, pour exister, se jette sur la nourriture.  Mal dans sa tête et dans son corps, elle se trouve trop quelconque, trop ronde, trop molle,... face à des parents qu'elle idéalise.  On pressent dès le départ que ce voyage au bout du monde va lui révéler plus d'un secret sur la vie et sur elle-même.  

Avec beaucoup de psychologie, l'auteure retrace le périple d'une ado qui, pour se réaliser à son tour, doit s'affranchir des images trop lisses qu'elle s'est forgées de ses parents, quitte à les écorner quelque peu. 

Curieusement, on s'y découvre aussi car, finalement, Amélia n'est pas si éloignée que ça de nous.  Pétris dans nos certitudes et nos égoïsmes d'occidentaux nantis, on oublie bien trop souvent qu'on n'est pas le centre de l'univers. 

"Je n'aimais pas penser à ces réalités-là.  Ne pas les voir, ne pas y penser, c'était plus simple pour se donner l'illusion qu'elles n'existaient pas.  Et avoir tout le loisir de m'apitoyer sur mon sort à moi."

Et si, comme l'illustre cette sublime couverture, on profitait de cette lecture pour se remettre les idées en place ?

Côté écriture, Annelise Heurtier a un style bien à elle. Son registre de langue est à la fois riche et intéressant.  Ses écarts de ponctuation, de prime abord déroutants, ont finalement leur raison d'être : celle de calquer au plus près des émotions de l'héroïne.

Vous l'avez compris, il ne vous reste plus qu'à suivre mon exemple et à profiter de cette version poche pour vous laissez emporter à votre tour là où naissent les nuages...

Pour aller plus loin :



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