mercredi 1 mars 2017

La Grande Epopée des chevaliers de la Table ronde



Lorsqu'on me demande quels sont les livres qui ont marqué ma jeunesse, immanquablement, L'Enchanteur de René Barjavel figure en haut de la liste.  Ce récit, à la croisée entre l'Histoire et la légende a enchanté mon âme de jeune lectrice éprise de l'idéal chevaleresque, de ses amours tumultueuses et de ses quêtes impossibles.

Aussi, lorsque j'ai eu l'occasion de découvrir cette autre version de la légende arthurienne écrite à destination des plus jeunes, je n'ai pas hésité une seule seconde.  Il me fallait toutefois le temps de pouvoir m'y plonger sans contrainte, histoire de savourer pleinement mes retrouvailles avec ces personnages-amis, Merlin, Arthur, Guenièvre, Morgane, Lancelot,...  Rien de mieux qu'un congé pour entamer ce voyage un brin nostalgique.

Le premier tome de cette Grande Epopée proposée par Sophie Lamoureux s'intitule Arthur et Merlin.  En ouverture, on y retrouve le jeune Arthur qui s’entraîne depuis son plus jeune âge à devenir un grand chevalier.

"D'où lui était venue cette idée ?  Après une nouvelle correction de son frère Keu ?  Peut-être.  Après une nouvelle moquerie de Thor, le voisin ?  Peut-être.  Après l'une des fabuleuses histoires de son père ?  Peut-être.  Ou bien tout cela à la fois."

La mort d'Uther, roi de Bretagne, précipite son destin.  Les révélations se bousculent, les épreuves s’enchaînent, les rencontres se succèdent.  "Ce qui doit être sera" prophétise Merlin.  Arthur est-il prêt à endosser le rôle qui lui est dévolu, celui d'amener la paix dans un premier temps et celui de s'enquérir du Saint Graal dans un second temps ?

Dans cette première partie, divisée en 50 épisodes qui peuvent également être lus à haute voix, l'auteure nous fait découvrir la première étape de son parcours et pose les jalons pour la suite de l'aventure. D'épisode en épisode, de trois à quatre pages chacun, le lecteur ou l'auditeur est tenu en haleine.   Chacun d'eux se termine sur un suspense ou une interrogation qui invite à poursuivre la lecture.  Les titres de ces épisodes renforcent d'ailleurs à merveille cette attente et titillent cette envie délicieuse de connaître la suite. 

Aussi, l'intérêt est maintenu d'un bout à l'autre.  J'imagine très bien l'enfant qui, comme Arthur avec les récits de son père, réclame à cor et à cris qu'on lui lise encore un épisode. 
"Il savait qu'Arthur attendait la suite et il savait aussi qu'une bonne histoire doit se faire attendre pour être vraiment appréciée."

Les illustrations pleine page en couleurs d'Olivier Charpentier qui émaillent le récit contribuent elles aussi à nourrir l'imaginaire des jeunes lecteurs et sont autant de promesses du caractère épique et palpitant de l'aventure qui les attend.

Pour ma part, je me suis laissée happée par le récit, replaçant mes pas dans des chemins jadis parcourus avec délice.  J'y ai redécouvert cette épopée fantastique où, malgré les erreurs humaines, la quête poursuivie est toujours celle du bien même si, comme le rappelle Merlin : "le Bien n'existe pas sans le Mal, ni le Mal sans le Bien".  Une aventure où l'amour, à commencer par celui d'une mère, a une place prépondérante et influe sur les destins.  Un récit où la magie a à la fois un côté merveilleux et inquiétant.  

Bref, on y retrouve, à portée des plus jeunes mais pas que, tous les ingrédients de cette histoire fondatrice qui en a inspiré tant d'autres. Je pense, en littérature jeunesse, à "La Quête d'Ewilan" de Pierre Bottero, "Le livre des étoiles" d'Erik L'Homme ou, plus adulte cette fois, à l'incontournable saga "Games of Thrones". Ici, rassurez-vous, même  si l'auteure nous narre batailles et amours,  le récit ne devrait pas choquer le lecteur.  D'autant que le jeune Arthur, héros au cœur pur s'interroge perpétuellement sur le bien-fondé de ses actes.

Bref, cette version de la légende d'Arthur, c'est certain, ne manquera pas de plaire aux jeunes lecteurs épris d'aventure... C'est sûr, ils en redemanderont, tout comme moi d'ailleurs !

samedi 18 février 2017

Où es-tu,Yazid ?


"Donner un bol d'eau à quelqu'un, c'est plus qu'un symbole, c'est lui apporter un peu de vie.  Et si on a donné un peu de vie à quelqu'un, même rien qu'un peu, peut-on après la lui ôter ?"

Eliott n'est pas un jeune comme les autres.  Dans sa famille, pas de place pour les sentiments et les manifestations d'affection.  Pas de place non plus pour le libre arbitre.  Tout ce qui fait sa vie semble dicté par ce groupe dont font partie ses parents, dont il fait partie lui aussi.  Ces diktats ne lui conviennent plus.  Il a envie de vivre comme les autres : ne plus devoir sonner aux portes pour débiter la "pub" de ses parents et de leurs amis, aller aux anniversaires, porter une veste beige en velours côtelé, aimer et être aimé...

Cependant, toutes ces préoccupations-là passent au second plan lorsqu'il découvre caché dans le cabanon du jardin un jeune de retour d'un séjour en Syrie.  Le choix parait simple, Eliott doit le dénoncer ! Et pourtant, tout devient compliqué lorsqu'il lui offre à boire et à manger et que l'inconnu potentiellement dangereux devient "simplement" un être humain...  finalement peu différent de lui.

Voici un titre à proposer sans hésiter à vos élèves, à vos jeunes ados...

Ils pourront peut-être reprocher à ce texte court son manque d'action.  Le seul suspense du récit se situant dans ce dilemme : Eliott doit-il dénoncer ou non Yazid ?

Pourtant, ils auraient tort de s'arrêter à cette critique car, en effet, ce petit texte d'à peine quatre-vingts pages est intéressant à plus d'un titre.

Tout d'abord, Claude Raucy y revient sur le débat d'actualité autour de ces jeunes partis combattre en Syrie et qui reviennent au pays.  Il l'aborde avec beaucoup d'intelligence puisque son narrateur, loin de juger, est lui aussi victime d'une forme d'extrémisme.  Depuis que ses parents font partie des témoins de Jéhovah, ceux-ci leur dictent comment vivre, comment aimer.  Yazid, lui aussi, est une victime de prédicateurs qui lui ont bourré le crâne avec des idées de salut et de djihad.

Ensuite, il interroge également sur ce qui fait notre humanité, sur ce qui peut nous empêcher de sombrer dans la barbarie.  Par le biais des sujets abordés par les professeurs d'Eliott, il démonte également certaines de nos idées reçues quant à l'accueil des réfugiés.  Il met en garde contre les amalgames en tout genre.  Bref, il fait réfléchir et alimente le débat et c'est tant mieux.

Enfin, même s'il pose davantage de questions qu'il n'apporte de réponses, s'y glisse peut-être un début de solution, "un programme que vous pourriez inscrire quelque part et le garder toute votre vie" propose le professeur de français d'Eliott.  Il s'agit d'une phrase prononcée par Till Ulenspiegel, le célèbre héros de Charles De Coster :

"J'ai mis "Vivre" sur mon drapeau,  Vivre toujours à la lumière."


samedi 28 janvier 2017

Moi, Simon 16 ans Homo Sapiens


Depuis quelques mois, Simon, 16 ans, correspond par mail avec Blue, un autre élève de son école.  Tous deux avancent sous le couvert de l'anonymat, ce qui leur convient parfaitement.  Sans risque d'être jugés, ils peuvent parler sans tabou de ce qu'ils n'ont encore révélé à personne : leur homosexualité...  De mail en mail, une amitié amoureuse se crée.  Tout bascule cependant lorsqu'un camarade de classe de Simon réalise une capture d'écran de leurs échanges et menace de tout balancer sur le Tumblr du lycée...

Voici un roman qui se lit facilement.  S'y alternent les chapitres où Simon, le narrateur, nous raconte avec humour et recul son quotidien en famille, entre amis et à l'école et ceux où nous pouvons lire les mails qu'il échange avec Blue. Cette façon de faire nous permet d'avoir deux éclairages complémentaires : un premier, plus extérieur, où nous découvrons le cadre (une petite ville de Géorgie, aux Etats-Unis), les personnages qui gravitent autour de Simon (attachants, ils apportent du corps à l'histoire) ainsi que les activités qu'ils partagent ; le second, plus intimiste, où nous suivons pas à pas la relation qui se construit entre les deux garçons. 

Le fil rouge de l'ensemble tourne autour de cette question qui hante les deux protagonistes : comment annoncer à leurs proches qu'ils sont gays ?  Tous deux soulignent l'injustice de la situation :

"Au fait, petite parenthèse : tu ne trouves pas que tout le monde devrait en passer par le coming out ?  Pourquoi l'hétérosexualité serait-elle la norme ? Chacun devrait déclarer son orientation, quelle qu'elle soit, et ça devrait être aussi gênant pour tout monde, hétéros, gays, bisexuels ou autres."

Le fait qu'on ignore l'identité de Blue ajoute une pointe de suspense à l'histoire. Comme Simon, on se perd en conjectures.  Comme lui, on tente de recouper les indices afin de deviner qui est son interlocuteur...

Malgré cette trame liée à l'identité sexuelle et aux difficultés pour des ados d'assumer leur orientation, ce titre se veut cependant léger.  Même si, comme partout, la différence entraîne son lot de vexations et de remarques assassines de la part de certains obtus, le récit ne tourne pas au drame et les personnages sont bien dans leurs baskets, entourés d'amis et de proches bienveillants.  On est loin de la tension et de la violence de ma précédente lecture, Le faire ou mourir.

Qu'à cela ne tienne, j'ai néanmoins passé un excellent moment de lecture.  J'ai particulièrement pris du plaisir à lire cet échange de mails empreint d'énormément d'autodérision et de passion à peine retenue.  J'ai souri plus d'une fois à la lecture des anecdotes familiales et amicales de Simon.  J'ai apprécié les nombreuses références musicales ainsi que les nombreux clins d'yeux aux fêtes et coutumes typiquement américaines ...  

Bref, j'ai aimé ce roman frais et nature qui vous replonge dans l'année de vos 16 ans !

Pour aller plus loin :