dimanche 28 août 2016

Intuitions - retour sur mon 1er livre attrapé


Photo : Françoise Verschooren

Voilà un titre jeunesse que je désirais lire depuis un bon moment, surtout que ma cadette m'en avait dit le plus grand bien.  Aussi, lorsque j'ai vu sur le groupe Facebook Chasseurs de livres qu'une lectrice l'aban-donnait à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau de chez moi, je n'ai pas hésité une seule seconde.  

Après une petite balade bien rafraîchissante dans un sous-bois et quelques mûres grappillées au passage, c'est au pied du château fort de Montaigle  à Onhaye qu'il m'attendait. 

Photo : Françoise Verschooren




Non loin de là guettait sa libératrice, curieuse de découvrir la personne qui s'était mise en chasse. L'occasion d'échanger quelques mots bien sympathiques avant de repartir avec mon précieux.

" - T'aimes pas non plus les gens ?  On a l'impression que tu t'en fiches de ce qu'on te raconte.  Tu baisses les yeux, tu regardes jamais personne.
- C'est mon problème.
(...)
On a trop vite fait de s'attacher aux gens, et ensuite ils s'en vont.  Au bout du compte, tout le monde finit par s'en aller."

Pour l'histoire, on suit le périple de Jem, 15 ans, ado malmenée par la vie et ballottée de foyer en foyer depuis le décès de sa mère, junkie.  Repliée sur elle-même, elle a appris à fuir le regard des autres.  Par peur de s'attacher, certainement.  Mais surtout pour ne pas y lire le numéro qui s'inscrit à chaque fois dans sa tête.  C'est au décès de sa mère que Jem a compris en quoi consistait ce don particulier : chaque numéro indique de manière inéluctable la date de mort de la personne qu'elle croise.  Que faire de ce don qu'elle vit comme une malédiction ?  Comment s'ouvrir à une amitié naissante lorsqu'on détient un secret aussi terrible ?  Jem a-t-elle malgré tout droit au bonheur ?

Ce premier tome peut s'apparenter davantage à un road trip qu'au développement d'une histoire fantastique au sens strict du terme.  On y suit la cavale de Jem et de son copain Spider à travers l'Angleterre, entre Londres et Weston, au bord de la mer. S'il y a c'est vrai des moments plus palpitants, on sourit davantage aux découvertes et autres petites mésaventures vécues par ces deux gars de la ville qui découvrent la nature qu'autre chose. 

Au fil du récit, malgré les circonstances dramatiques qui entourent leur voyage (je vous les laisse découvrir), leurs personnages et leur relation évoluent. Oserait-on espérer un "happy end" malgré un destin qui semble inscrit dans le marbre ? Eh ! bien !  non !  Ou plutôt si !  Enfin, chacun jugera selon son degré d'attachement aux personnages...  Pour ma part, j'ai été peu surprise par le final proposé par l'auteure puisque celui-ci était quasi annoncé dès le départ.  Il permet cependant de relancer l'intérêt pour le tome 2, un peu émoussé par les longueurs du 1er tome...  

En espérant que, dans ce 2e volet, le côté fantastique, à savoir l'exploitation de ce don maudit, soit davantage au cœur de l'intrigue. Verdict après ma lecture. D'ici là, il me reste à libérer à mon tour le tome 1 afin qu'un autre chasseur puisse l’attraper.

Merci à Françoise pour cette lecture :-)








samedi 20 août 2016

Rita et Machin - L'anniversaire


Je connais bien sûr J.-P. Arrou-Vignod en tant qu'écrivain pour les ados.  Avec ce titre, je le découvre dans un créneau pour les plus jeunes.  Dans cette série Rita et Machin qui compte plus d'une dizaine de titres, il est associé avec un illustrateur de talent, Olivier Tallec.

Rita et Machin, son chien, sont des amis inséparables.  Ensemble, ils font les 400 coups.  Tout est prétexte au rire et au jeu.  A fortiori lors d'une fête d'anniversaire.  Dans cette histoire, c'est Machin qui est fêté.  Sont invités les amis de Rita bien sûr mais aussi ceux de Machin. Une joyeuse bande qui n'attend qu'une chose : l'ouverture des cadeaux.  Mais Rita en a décidé autrement !  "Tout le monde au jardin !"


Sur les pages blanches se découpent les dessins en noir et blanc d'Olivier Tallec, un ou plusieurs par page pour imprimer du rythme à l'ensemble.  De-ci de-là quelques touches de rouge pour bien distinguer les deux héros, la robe de Rita, l’œil droit de Machin.  Le dessin va souvent au-delà du texte, quelques répliques et phrases de narration, ajoutant des gags visuels supplémentaires au ton humoristique ambiant.

On sent que le duo auteur-illustrateur s'amuse particulièrement à mettre en scène les deux personnages.  Rita et Machin ne sont pas souvent sur la même longueur d'onde, se chamaillent, se rabibochent et, au final, s'aiment énormément.  Originalité du propos, les adultes interviennent peu et, lorsqu'ils le font, on ne voit que leurs jambes. Tout est centré sur les interactions entre les jeunes héros, ce qui donne spontanéité et impertinence à l'ensemble.

Ici, en filigrane de l'histoire, l'auteur évoque la pointe de jalousie qui peut s'inviter dans une relation amicale même quand on est des amis à la vie à la mort comme Rita et Machin. Il y apporte la solution : une bonne dose d'amour, saupoudrée d'un bon zeste d'humour.

En bref, une série intelligente à certainement conseiller aux parents de jeunes enfants.  C'est sûr, ils s'amuseront autant que leurs bambins.  

Troisième titre extrait du swap spécial anniversaire envoyé par Alice - A lire aux pays des merveilles, ma copinaute d'A l'ombre du grand arbre.  Merci à elle pour cette découverte.

Pour aller plus loin :


vendredi 12 août 2016

Le jardin des ours


A Grand-Maman.
"Les souvenirs colorés remplissent mes idées, dansent et se cognent dans ma tête.  Si bien que, parfois, je ne sais plus m'y retrouver.Il me faudrait inventer un jardin sans puceron ni mouron, empli d'hortensias et de lilas double. Il me faut inventer un jardin aux couleurs de Papi et Pépé. Un endroit où souffler, respirer, se retrouver.  Un jardin comme une maison où siroter les souvenirs colorés."

En voilà un album de circonstance qui ne pouvait que me toucher au cœur, quelques semaines à peine après le décès de ma grand-mère.

Dans ce titre que l'auteure, Fanny Ducassé, dédicace à ses deux grands-pères, son Papi et son Pépé,  elle répond avec beaucoup de poésie et de douceur à ces questions essentielles que se posent ceux qui restent.  Que faire de tous ces souvenirs qui nous assaillent ?  Comment faire pour qu'ils soient moins douloureux ? Car, comme l'écrit Haruki Murakami dans Kafka sur le rivage, , "les souvenirs, c'est quelque chose qui vous réchauffe de l'intérieur.  Et qui vous déchire violemment le cœur en même temps."  Comment aller de l'avant, tout en les gardant bien au chaud, dans un coin de notre jardin secret, là où on peut revenir chaque fois que le besoin s'en fait ressentir ?  

Au fil des pages, le petit ourson de l'histoire fait le tri de ses souvenirs, patchwork de sensations olfactives, gustatives, visuelles, auditives ; d'émotions et d'expériences vécues...  Des souvenirs propres à chacun de ses grands-parents aussi.  Il y a le Papi plus fonceur qui jardine, fait du sport et cuisine, le Pépé plus zen qui prend le temps de flâner, se reposer, jouer, chanter...  Tous ces moments partagés font partie de lui.  Inscrits à l'encre indélébile dans son cœur, ils lui donnent la force de s'éloigner et de reprendre son propre chemin.

Côté illustrations, tous ces souvenirs sont mis en scène au cœur même d'un jardin luxuriant.  Ce fil rouge se retrouve également pour les quelques scènes à l'intérieur où la nature est omniprésente.  Comme pour indiquer que la vie est plus forte que tout.  On la retrouve dans les fleurs, les plantes mais aussi dans les motifs des meubles, des tapisseries, etc.  Même si les tonalités vertes dominent, ce graphisme ciselé et coloré me fait penser à certains tableaux de Klimt.  C'est un vrai régal pour les yeux.

Comme indiqué plus haut, cet album a une saveur toute particulière en ce qui me concerne.  Comme le héros de cette histoire, il me faut inventer un jardin du souvenir aux couleurs de ma grand-mère...
Merci à Sophie - La littérature jeunesse de Judith et Sophie qui m'a offert cet album-mercurochrome tout doux qui me permet, moi aussi, de m'éloigner...


Pour aller plus loin :